Un kilomètre de pesos ! - Oaxaca, 25 mars 2007

Note d’information n°17
samedi 31 mars 2007

L’actualité revendicative française ne laissait pas beaucoup de loisirs, ces temps-ci, à un travailleur de l’éducation, ce qui explique le long intervalle depuis la dernière note d’info. Pourtant, les peuples d’Oaxaca n’ont pas réduit leurs activités pour autant... Il convient donc d’en donner des nouvelles.

Dans la note précédente, on parlait de reprise de l’offensive. Elle s’est largement confirmée avec la mobilisation du 8 mars, à laquelle, on s’en souvient, la Coordination des Femmes d’Oaxaca (COMO) avait convié l’ensemble des membres et sympathisants de l’APPO. Ce sont des dizaines et des dizaines de milliers d’Oaxaquègnes qui ont participé à cette dixième « méga-manif ». Comme les sbires du malgouverneur Ulises Ruiz ont encore arrêté des gens à la fin de cette manif, il y en a eu une nouvelle deux jours après, le 10, qui a obtenu la libération des personnes arrêtées le 8. Aucun doute, donc, l’APPO est à nouveau capable d’investir la rue, et ne se prive pas de le montrer.

La mi-mars a vu également une coïncidence : c’est en même temps qu’ont présenté leurs conclusions deux commissions des droits humains ayant enquêté sur les événements d’Oaxaca. Il s’agit d’une part de la très officielle Commission Nationale des Droits Humains mexicaine (CNDH), en principe indépendante du pouvoir politique, présidée par le médiateur national José Luis Soberanes Fernández, dont les avis devraient être suivis par les autorités mexicaines ; l’obligation n’est toutefois que morale, et la morale, c’est bien connu, peut être assez élastique. D’autre part, rendait également ses conclusions la Commission Citoyenne Internationale d’Observation des Droits Humains (CCIODH), constituée comme son nom l’indique de citoyen-ne-s de différents pays, notamment européens. Disons-le tout net, la coïncidence a été fatale à la CNDH. Il est apparu au grand jour que la CNDH minimisait considérablement les exactions policières et judiciaires. Alors que la CCIODH a établi que les tortures ont été systématiques pour tous les gens arrêtés le 25 novembre et les jours suivants, Soberanes n’a trouvé que ... 13 cas ! Vraiment désordonné, il a aussi perdu des morts : il n’en retrouve que 20, alors que la CCIODH en comptait 23, et même 26 d’après son rectificatif publié aujourd’hui dans La Jornada. Ce monsieur, qui semblait jouir d’un certain crédit auparavant, s’est vraiment couvert de honte à cette occasion. Une caricature assez féroce de Helguera, parue dans La Jornada du 19 mars, le montre balai à la main, cachant sous le tapis une tête de mort qui, évidemment, fait une grosse bosse...

Signalons que les participants français à la CCIODH ont présenté hier à Paris, au Studio de l’Ermitage (XX°) leurs conclusions. Elles sont accablantes pour le satrape Ulises Ruiz, mais aussi pour le gouvernement fédéral : qu’il s’agisse de Fox, président encore en exercice le 25 novembre dernier, ou de Felipe Calderón dit FeCal, qui lui a succédé le 1er décembre, tous deux ont ordonné ou couvert les exactions communes de la Police Fédérale Préventive et des différentes polices et milices au service d’Ulises Ruiz et de son parti, le PRI.

La question des prisonniers politiques n’est d’ailleurs toujours pas réglée : il reste une bonne cinquantaine de personnes en prison, parfois militants de l’APPO, parfois simples passants raflés pour l’exemple. On sait que le gouvernement mexicain exige des cautions pour les libérer ; or ces cautions sont souvent faramineuses par rapport au niveau de revenus des familles concernées. C’est pourquoi l’APPO a lancé le 18 mars un appel à une campagne nationale et internationale Un kilómetro de pesos, afin de collecter les 6 millions de pesos (environ 429 000 euros) qui permettront de payer les cautions des 56 personnes encore en prison,

Dans quel camp est le PRD ?

Le Parti de la Révolution Démocratique, qui se donne pour le grand parti de gauche mexicain, semble avoir du mal à oublier qu’il est issu du PRI. Deux incidents récents viennent encore de le prouver.

D’abord, dimanche dernier, 18 mars, en pleine nuit (23 h 45) le Gouvernement du District Fédéral (soit de la ville de Mexico) a envoyé ses granaderos (CRS) évacuer sans ménagement le plantón (piquet permanent avec stand) que l’APPO tenait dans la capitale depuis le 9 octobre dernier. Les prétextes ont changé suivant les moments : « visite de la Présidente chilienne à Mexico », « activité commerciale non autorisée » (dans le cadre de la campagne Un kilómetro de pesos, des communautés triqui vendaient des objets de leur artisanat traditionnel). En tout cas, le gouverneur du District fédéral Marcelo Ebrard Casaubon a visiblement oublié qu’il était par sa mère descendant de rebelles camisards ; il a oublié aussi qu’il était « de gauche ». Est-ce que par hasard, au PRD, on ne serait de gauche que dans l’opposition ? Qui donc a dit « Le pouvoir corrompt » ?

L’autre incident concerne le PRD de l’Etat d’Oaxaca. La direction nationale du PRD a dû suspendre hier, 24 mars, l’élection interne des candidats à la députation pour l’Etat d’Oaxaca après avoir constaté qu’Ulises Ruiz finançait généreusement l’un de ces candidats ! Vieille méthode éprouvée du PRI pour avoir des « opposants » bienveillants... Le PRD avait déjà dû suspendre l’un de ses députés oaxaquègnes, qui avait voté avec le PRI pour l’intervention de la PFP. Visiblement, il a encore dans ses rangs des vendus, ou des gens qui ne demandent qu’à l’être !

Hold up sur les retraites

Les membres de la 22ème section (Oaxaca) du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE) savent déjà ce qu’il vont faire mardi prochain 27 mars. Comme tous les opposants à la dirigeante charra (vendue) du syndicat, Elba Esther Gordillo, opposants regroupés dans la Coordination Nationale des travailleurs de l’Education (CNTE), ils vont manifester. Sept mille d’entre eux doivent monter à Mexico, rejoindre le cortège national de la CNTE. Les 63 000 restants manifesteront à Oaxaca et dans les principales villes de l’Etat. Ils feront ainsi comme des centaines de milliers d’autres dans tous les coins du Mexique.

C’est que le PAN, le PRI et leurs comparses du Parti Vert Ecologiste du Mexique (PVEM) ont décidé de faire passer fast track - comme on dit en... espagnol - au parlement une réforme des retraites des fonctionnaires qui les rapproche ainsi du système de retraites déjà imposé aux travailleurs du privé. Si les lecteurs et lectrices ont une curieuse impression de déjà vu, ce n’est pas par hasard : ce qu’il y a de commode avec la mondialisation néolibérale, c’est qu’elle préconise partout les mêmes recettes ; comme ça, on est moins dépaysé...

Il s’agit de transférer les retraites des travailleurs de l’Etat à des fonds de pension. Dans un premier temps, pour trois ans, serait créé un fonds de pension public, qui après cette étape transitoire remettrait l’ensemble aux fonds de pension privés. On a déjà vu avec les retraites du privé que ce système aboutissait à reculer l’âge de la retraite et à réduire significativement les pensions. On ne change pas une équipe qui gagne : même punition pour les fonctionnaires ! L’actuel organisme de retraite pour les fonctionnaires s’appelle ISSSTE (Institut de Sécurité et Services Sociaux des travailleurs de l’Etat). Un dessinateur de La Jornada, El Fisgón, a représenté deux bourgeois ventrus, cravatés et hilares, qui viennent de taguer le sigle ISSTE devant un prolo pas content ; ils ont écrit Ya te jodISSTE, c’est-à-dire approximativement : « Ce coup-là, tu l’as dans l(a Sé)cu ».

Mais ce n’est pas tout, il y a une cerise sur le (gros) gâteau. Pour les trois ans de transition, l’administration du provisoire fonds de pension public serait confiée aux responsables des principaux syndicats de fonctionnaires : Joel Ayala, dirigeant de la Fédération Syndicale des Travailleurs de l’Etat (FSTE) et Elba Esther Gordillo, présidente du SNTE. Or il s’agit de syndicats charros qui sont dans les modèles du genre, et de dirigeants dont la corruption est proverbiale. Depuis la quinzaine d’années qu’elle préside le SNTE, la Gordillo a amassé, sur le dos des enseignants, une des premières fortunes personnelles du Mexique. Même le PRI avait commencé à trouver qu’elle exagérait, que c’était trop gros, trop visible. Du coup, elle l’a quitté pour fonder son propre parti, Alliance Nationale (Panal).

Inutile de dire que ça ne plaît pas vraiment aux travailleurs concernés. Un front de syndicats indépendants s’est formé, avec à sa tête la CNTE et le Syndicat Mexicain des Electriciens. On en entendra encore parler...

Les parents de Brad Will à Oaxaca

Les parents et le frère du journaliste étasunien Brad Will, assassiné en octobre dernier à la barricade de Santa Lucía del Camino par des paramilitaires du PRI (voir notes d’info n°4 et 6), sont à Oaxaca pour demander des comptes aux autorités d’Etat et fédérales. Ils ont déjà fait savoir qu’ils n’acceptent en aucun cas la version officielle. A suivre...

25-03-07

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