URO « directement responsable » des exactions - Oaxaca, 29-05-07

Note d’information n°21
dimanche 3 juin 2007
mis à jour samedi 30 juin 2007

« Tu parles d’un scoop ! », direz-vous, non sans raison. Il y a en effet près d’un an que tout le monde le sait. La nouveauté, c’est que celui qui le dit aujourd’hui est un officiel : le président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à la célébrité équivoque, José Luis Soberanes (il s’est distingué, au mois de mars, en déclarant péremptoirement qu’Ernestina Asunción, retrouvée mourante après avoir été violée par des soldats, était décédée « de mort naturelle »). Dans un rapport rendu public le 24 mai, le médiateur national dit en effet : « Ulises Ruiz Ortiz a une responsabilité directe dans les violations des droits humains commises par des policiers ministériels [équivalent de notre PJ], l’ex secrétaire à la Justice [Lizbeth Caña], et des serviteurs publics de l’Etat [d’Oaxaca] durant le conflit enseignant et de l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO), car c’est de lui que dépendent les services de la Justice et de la Sécurité Publique de l’Etat ». Il a également souligné que ce devaient être le Congrès local, le Congrès national ou la Cour Suprême de Justice qui mènent l’enquête sur les responsabilités du gouverneur dans le conflit.

Cela dit, la CNDH n’émet que des « recommandations », adressées dans ce cas au sénat, aux ministres de l’Intérieur, de la Défense, de l’Education publique, et au malgouverneur lui-même. On ne pariera pas sur l’empressement de tout ce beau monde à les mettre en pratique. En 2004, l’actuel ministre de l’Intérieur, Francisco Ramírez Acuña, avait lui-même fait l’objet d’une telle « recommandation » suite à la sauvage répression de militants altermondialistes dans l’Etat de Jalisco, dont il était gouverneur. Son premier souci avait été de s’asseoir dessus...

Il est vrai également que Soberanes, visiblement un peu désordonné, a égaré plus de la moitié des morts - il n’en compte que 12 au lieu de 27 - et la totalité de la trentaine de disparus, ainsi que le fait remarquer l’APPO. De même, pour lui, toutes les exactions ont été commises sous la présidence de Fox, ce qui exempte de toute responsabilité l’actuel président FeCal (Felipe Calderón).

Il n’empêche que, malgré tous ses manques, la reconnaissance par une autorité officielle de violations graves et prolongées des droits fondamentaux des peuples oaxaquègnes donne à leur combat encore un peu plus d’autorité morale. Le rapport reconnaît qu’il y a eu tortures, homicides, arrestations et rétentions arbitraires, perquisitions illégales, attaques à la propriété, atteintes à l’intégrité physique, mises au secret, atteinte aux droits de réunion, d’information, et on en passe.

Cela va compliquer un peu la tâche du ministère fédéral de la justice, qui, suivant les pas de l’ineffable Lizbeth Caña, essaie à nouveau de mettre l’assassinat de Brad Will sur le dos de membres de l’APPO. Rappelons pour qui l’aurait oublié que les assassins de Brad Will sont parfaitement connus : il s’agit d’un conseiller municipal et d’un policier local, tous deux membres du PRI d’Ulises Ruiz, de Santa Lucía del Camino où a eu lieu le meurtre.

Pour le retour de l’armée dans ses casernes

Un aspect de la vie mexicaine dont on n’avait pas parlé jusqu’ici commence à faire des vagues. Depuis le début de l’année civile, le nouveau gouvernement de FeCal avait « déclaré la guerre au narcotrafic ». Il est vrai que celui-ci commençait à se tailler des royaumes dans plusieurs Etats du pays (Michoacán, Guerrero, Sinaloa, Sonora, Chihuahua, Coahuila...), et que le grand voisin du Nord, à qui l’essentiel du trafic est destiné, était en train de s’énerver. Il est vrai aussi que la corruption, véritable institution dans les polices et la justice mexicaines, avait tendance à paralyser l’action répressive. Des esprits chagrins remarqueront peut-être que la tristement célèbre Police Fédérale Préventive (PFP), qui s’est distinguée par sa vaillance dans la répression contre des populations désarmées à Atenco ou Oaxaca, s’évanouit soudain quand il s’agit d’affronter le crime organisé... Et puis la guerre, c’est l’affaire des militaires, non ? Et zou ! On déploie l’armée. Cela équivaut, sans le dire, à la suspension des garanties constitutionnelles dans les Etats concernés, d’autant que les militaires ne sont pas du tout formés à respecter droits humains et procédures légales. Bien des endroits du Mexique sont ainsi devenus des Bagdad ou des Bassorah, avec pour seule loi la loi martiale. Arrestations et perquisitions sans mandats, fusillades en plein centre ville, viols (ça, les militaires mexicains savent le faire, et l’ont abondamment prouvé), sont devenus le quotidien dans ces zones, comme dans un pays occupé.

Tout ça pour... rien ! Tous les jours, les narcos défient les militaires en leur envoyant des cadavres ou des têtes coupées, leur armement est au moins aussi performant que celui de l’armée - ils disposent de tout ce qui se fait de plus moderne, y compris lance-missiles, mortiers, etc... -, eux connaissent les déplacements de l’armée alors que l’inverse n’est pas vrai ; en un mot, l’armée mexicaine est en train de perdre cette guerre, elle est dans la même situation que l’armée yankee en Iraq. La seule qui trinque vraiment, comme d’hab’, c’est la population civile, prise entre deux feux, entre deux dictatures.

Cela a fini par émouvoir la « représentation nationale », comme on dit. Ces messieurs-dames n’avaient guère protesté contre l’utilisation de l’armée à des tâches civiles, tant que l’enlisement ne sautait pas aux yeux. Sans doute étaient-ils prêts à voler au secours de la victoire. Las ! Ce n’est pas vraiment ce qui s’annonce. Aussi la Commission permanente du Congrès de l’Union, qui rassemble des représentants des deux chambres, a-t-elle adressé le 23 mai au président une « exhortation » à renvoyer les militaires dans leurs casernes et à « renforcer et former les corporations policières en matière d’enquête, de prévention et de protection ». Ils reprennent ainsi les appels déjà lancés en ce sens par la section mexicaine d’Amnesty International et la CNDH.

Mais pour le moment, FeCal fait son G.W. et ne veut rien savoir...

Lutte pour les retraites, suite...

On ne peut dresser ici la liste de toutes les actions menées dans ce domaine : il y en a une bonne poignée tous les jours. Les plus visibles - mais pas les seules - sont celles menées par la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (qui regroupe, rappelons-le, les sections oppositionnelles à la direction vendue du SNTE ; la 22ème section, celle d’Oaxaca, est membre de la CNTE). Le prochain « temps fort » est un troisième « arrêt de travail civique national » vendredi 1er juin, qui doit « assiéger » les deux Chambres parlementaires. Le programme, à long terme, devrait culminer avec une grève générale appelée par l’Union Nationale des Travailleurs à partir du 31 août ; l’UNT est l’une des principales centrales indépendantes. En même temps que cette grève devrait avoir lieu un référendum national sur la réforme des retraites, organisé par le mouvement populaire. On voit que la lutte s’installe dans la durée.

En attendant, les dernières semaines ont donné lieu à diverses activités. D’une part, des « brigades » font le tour des écoles et collèges pour informer et sensibiliser encore et encore, malgré la récente interdiction, émanant conjointement du ministère et du syndicat officiel, de toute diffusion de tract dans les établissement scolaires ! D’autre part, les « visites de courtoisie » réalisées par des équipes de grévistes auprès de différents organismes ; il s’agit aussi bien d’officines publiques que privées, administrations, sièges de banques, etc... La plus spectaculaire a été celle rendue à la Bourse de Mexico le 23 mai dernier. Les profs ont encerclé la Bourse dès 7 heures et demie du matin. Il ne s’agissait pas vraiment de blocage, seulement, disons, d’une présence de témoignage. Mais les boursicoteurs, si hardis quand il s’agit de réduire des milliers de personnes au chômage, n’ont pas osé traverser le cordon enseignant. C’est ainsi qu’ont dû être annulées deux réunions, l’une interne à l’Association Mexicaine des Intermédiaires Boursiers (AMIB : pour des parasites, on ne pouvait trouver mieux !), l’autre étant la cérémonie d’ouverture des « opérations du marché des dérivés », et ne demandez surtout pas au rédacteur de quoi il s’agit...

Lundi 28 mai sont arrivées dans la capitales les diverses « caravanes », de plusieurs centaines d’enseignant-e-s chacune, des Etats de Chihuahua, Zacatecas, Michoacán, Morelos, Puebla, San Luis Potosí, Aguascalientes, Chiapas et Oaxaca, pour renforcer la protestation dans la capitale. Aujourd’hui, demain et après-demain sont prévues des actions surprise face à diverses dépendances du gouvernement et des media. La CNTE a fait savoir également qu’elle ne va plus se contenter du plantón (piquet permanent) installé en face de l’ISSSTE (la sécu et caisse de retraite des fonctionnaires) : elle va y dresser un véritable campement en planches, agglos et plaques de tôle. Elle a signalé aussi qu’à partir de maintenant, les « visites » aux banques ne seront plus « de courtoisie », mais « de fermeture ».

Pour l’instant, le mouvement ne donne pas le moindre signe d’essoufflement, il continue au contraire à monter en puissance...

29 mai 2007.

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