Trahison du gouvernement fédéral - Oaxaca, 13-12-06

Note d’information n°13
mercredi 13 décembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

Après le succès de la marche du 1er décembre, où, malgré la loi martiale de fait, 5000 personnes étaient descendues dans la rue à l’appel de l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca, des négociations devaient reprendre le mardi 4 avec le nouveau ministre de l’Intérieur Francisco Ramίrez Acuña, connu pour avoir couvert des tortures à l’encontre d’altermondialistes en 2002 à Guadalajara.

Bien mauvais départ : quatre des représentants de l’APPO qui devaient participer aux conversations ont été arrêtés le lundi soir à Mexico. Parmi eux, deux des plus connus : Flavio Sosa et Marcelino Coache. Inviter à des pourparlers et emprisonner les négociateurs, voilà qui est original comme conception du dialogue ! Ça en dit long sur les intentions du nouveau gouvernement fédéral de parvenir à une issue pacifique du conflit.

Les charges retenues contre les responsables arrêtés sont les mêmes que celles qui pèsent sur les autres emprisonnés : les unes, purement fabriquées (incendie volontaire, vol, séquestration...), les autres, interprétation abusive du code pénal mexicain. Deux accusations se retrouvent systématiquement : « sédition » et « attaque contre les voies générales de communication ». Or la première ne vise en principe que les soulèvements armés, tentatives de putsch militaire ou opérations de guerrilla. La seconde s’applique au même type de circonstances, par exemple quand un mouvement armé fait sauter un pont. Appliquer le qualificatif de « sédition » au simple fait de manifester pacifiquement, et celui « d’attaque aux voies de communication » à des piquets qui bloquent temporairement la circulation montre clairement qu’il s’agit de criminaliser toute protestation sociale. Dans ce contexte, « l’état de droit » dont se gargarisent aussi bien le nouveau président FeCal (Felipe Calderón) que le satrape oaxaquègne Ulises Ruiz Ortiz, se résume au « droit de l’Etat »... à s’asseoir sur son propre droit !

Guerre sociale

Tout cela est bien le principe de l’état d’exception, de l’état de siège ou de la loi martiale : la suspension de toutes les garanties constitutionnelles. Oui, mais... il y a des règles, même pour proclamer l’état d’exception. Celui-ci n’a jamais été officiellement déclaré. Et pour cause ! Où est la situation de guerre ou de guerre civile qui pourrait le justifier ? Qui a recours à la violence, sinon la Police Fédérale Préventive et les tueurs, officiels ou officieux, du gouverneur de l’Etat ?

C’est pourtant bien à une guerre sociale que se livrent les autorités fédérales et celles de l’Etat d’Oaxaca. Il s’agit de briser, par la terreur, toute résistance aux politiques d’exploitation maximale de ceux d’en bas par ceux d’en haut. Les profs gênent, à réclamer de meilleurs salaires et des moyens pour enseigner : brisons-les ! Les Indiens gênent, à s’accrocher comme ça à la propriété collective de la terre : brisons-les ! Les vendeurs ambulants gênent, à ne pas s’intégrer au vrai système marchand : brisons-les ! Les sans emploi gênent, à ne pas crever de faim en silence : brisons-les ! L’APPO gêne carrément, à se poser en représentation légitime du pouvoir populaire : pulvérisons-la !

L’actualité nous rappelle opportunément que les politiques néolibérales, dont FeCal est un fanatique partisan, ont d’abord été expérimentées avec succès par les fameux Chicago boys dans le Chili de Pinochet. Ça marche beaucoup mieux quand ceux d’en bas sont muselés.

Fausses notes et poudre aux yeux

Il semble bien qu’il y ait des désaccords sur la situation à Oaxaca au sein de la direction du Parti d’Action Nationale de Felipe Calderón. Les uns donnent la priorité absolue à l’alliance avec le PRI d’Ulises Ruiz, sans lequel le PAN ne pourrait rien faire voter ni approuver. Pour ceux-ci, dont FeCal semble faire partie, il faut bien avaler jusqu’à la dernière vertèbre la couleuvre, que dis-je, l’anaconda Ulises Ruiz. Pour d’autres, comme Santiago Creel, chef des sénateurs du PAN, ou Eduardo Medina Mora, actuel ministre de la Justice après avoir été vice-ministre de l’Intérieur, aucun retour à la normale n’est possible à Oaxaca sans la destitution du satrape, qui ne vaut pas tripette ; or cela devient urgent car Oaxaca commence à « empoisonner » toute la vie politique nationale, selon ces messieurs. Voilà un jugement plutôt encourageant...

En attendant, c’est bien commode pour ces gens-là d’avoir deux fers au feu. Cela permet au gouvernement fédéral de continuer à faire semblant d’être venu en « arbitre » entre l’APPO et le tyran local. Medina Mora a ordonné, par exemple, une perquisition au siège de la police locale dite « ministérielle » (la plus performante pour les arrestations d’enseignants dans leur classe). La PFP y a trouvé quelques voitures et plusieurs armes à feu qui avaient été déclarées volées ; cela permettait d’imputer leur usage éventuel à l’APPO. Bon. La PFP a saisi le matériel, arrêté ceux qui se trouvaient en sa possession, puis les a relâchés comme l’avaient été les assassins du journaliste Brad Will. Circulez, il n’y a rien à voir.

On a appris également que les 214 arrestations du 25 novembre et toutes celles qui ont suivi, dont on ignore le nombre précis, n’avaient pas grand’ chose à voir avec une quelconque légalité. Les autorités ont prétendu que la PFP et la ministérielle avaient appliqué des mandats d’arrêt lancés par la justice de l’Etat d’Oaxaca. Celle-ci est sous la coupe de Lizbeth Caña, la sémillante groupie d’Ulises Ruiz et émule de Goebbels en matière de propagande. Il n’était donc pas invraisemblable qu’elle ait lancé des centaines de mandats. En réalité, cela aurait été encore trop conforme à une idée vague et lointaine du droit. Des témoins dignes de foi rapportent que les flics avaient sur eux des mandats en blanc, qu’ils remplissaient après les arrestations.

Cette façon de procéder explique à elle seule que 80% des gens arrêtés depuis le 1er décembre n’aient rien à voir avec le mouvement. Dans certains cas, il s’agissait d’observateurs des Droits de l’Homme ou de journalistes, dans beaucoup d’autres, de simples passants, comme cette mère de famille qui était allée attendre son fils à l’arrêt du car, ou cet étudiant en architecture arrêté à la sortie de la cantina où il fêtait son anniversaire avec ses copains BCBG. Tous les deux, comme tous les autres, ont été sauvagement frappés, humiliés, voire carrément torturés, puis laissés sans soins, sans pouvoir contacter famille ni avocat. Jusqu’à présent, seules trois personnes ont été libérées après avoir fait la preuve qu’elles n’étaient pour rien dans des « faits de vandalisme »... et avoir payé la caution pharaonique de 108000 pesos chacune (plus de 7000 euros). Il s’agissait, il faut le dire, d’observateurs des Droits de l’Homme dûment mandatés par des organisations nationales ou internationales qui sont intervenues pour leur libération.

15 000 dans la rue le 10 décembre !

Malgré le climat de terreur, les peuples d’Oaxaca ne se laissent pas intimider. Pour la journée mondiale des Droits de l’Homme, le dimanche 10 décembre, ils sont venus à 15 000, selon La Jornada - et la photo, impressionnante, indique qu’il n’y a là aucune exagération - réaffirmer leurs exigences : dehors Ulises Ruiz, dehors la PFP, libération des prisonniers politiques, réapparition en vie des disparus. Manif parfaitement pacifique.

Un service d’ordre important était là pour empêcher que des provocateurs priistes n’infiltrent la manifestation. En tête, les familles des morts, des disparus et des prisonniers ; puis les membres encore libres du Conseil de l’APPO, bravant la menace d’arrestation. Venaient ensuite les organisations amies : l’Assemblée Populaire des Peuples du Michoacán et le Syndicat Mexicain des Electriciens (fidèle soutien de toutes les luttes d’en bas), et, nouveauté, des responsables du Front Large Progressiste (FAP) articulé autour du PRD. Venait ensuite la foule des Oaxaquègnes. Sportif, tout ce monde a parcouru 12 km !

Le soutien du PRD est un signe, comme le jugement de Medina Mora : ces gens-là ne font rien gratuitement ; si le PRD s’engage dans le soutien à l’APPO, c’est que cette cause est populaire dans le pays. Tant mieux, car du soutien, elle en a bien besoin. Ne mégottons pas le nôtre !

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