Réseau d’école : la casse organisée du service public de l’éducation nationale

Sud Education 38
mercredi 29 juin 2005
mis à jour dimanche 3 juillet 2005

Vous êtes pour une "meilleure qualité de l’enseignement", de "meilleurs résultats" pour vos élèves, pour "une rupture de l’isolement humain et géographique", bref n’ayons pas peur des mots (comme le ministre) pour un "enseignement moderne" offrant forcément des lendemains qui chantent....... Dans nos cours de récré, alors vous serez heureux d’apprendre la naissance des réseaux d’écoles pour la rentrée 2004 !

Par contre, si vous êtes d’un naturel méfiant, si vous pensez que les mots "qualité" et "modernité" dans la bouche de nos ministres Darcos et Ferry, cachent des projets qui n’osent avouer leurs véritables buts, c’est que vous êtes à Sud Education ou que vous pourriez y être ! Car, ce n’est ni plus ni moins que la casse du caractère national de l’éducation qui est programmée, pour la décentraliser et la donner en gestion aux pouvoirs locaux. La disparition de l’adjectif nationale dans le nouveau logo du ministère (pendant les grèves du printemps 2003) n’était pas une erreur des publicitaires, mais bel et bien une affirmation de la volonté de décentralisation du service public de l’éducation nationale pour mieux la privatiser demain !

Imaginez-vous un instant dans la peau d’un ministre de l’éducation encore nationale, d’un énarque ou autre technocrate au service de la mondialisation. Votre mission, que vous acceptez (ces feuilles s’autodétruiront dans 10 mn), c’est de privatiser l’enseignement, notamment primaire, pour ouvrir les portes de la France au grand marché de l’éducation prévu par l’AGCS. Comment s’y prendre ? Darcos et Ferry ont trouvé la solution : Les réseaux d’écoles.

Il faut d’abord faire des économies : la mise en réseau entraînera de fait des économies d’échelle. Le calcul des moyennes des élèves se faisant par réseaux et non plus par écoles, l’état va pouvoir économiser des milliers de classes et donc de postes.

Puis il faut décentraliser pour casser l’unicité du service public d’éducation : Qui peut être contre plus de proximité ? S’il ne s’agit pas encore d’un transfert des personnels comme les TOS, il s’agit bien de mettre à disposition des élus locaux les structures de l’enseignement primaire. Ainsi les conseils D’EPCI ou/et de Caisse des écoles, et à travers ceux-ci les maires des écoles les plus riches ou les plus influentes, se verraient attribuer les pleins pouvoirs en ce qui concerne la création, la suppression, la répartition des postes, la gestion des emplois non enseignants et la carte scolaire. A terme, pourquoi pas la gestion des personnels enseignants ? Il serait alors tentant sous prétexte de responsabilité des deniers publics et de la rentabilité, de déléguer au secteur privé une part croissante du secteur de l’éducation.

L’état se déchargeant auprès des autorités publiques locales de sa mission d’éducation, celles-ci vont devoir se débrouiller et faute de financement (les électeurs n’étant pas imposables à merci) elles noueront des partenariats avec des entreprises privées comme cela se fait déjà aux E.U. Il en sera fini de l’indépendance de l’école vis à vis des entreprises, des politiques, voir des églises. La France aura enfin comblé son "retard " sur les "pays civilisés" (E.U, Nouvelle Zélande, Angleterre ...)

Demain, à quelle sauce serons-nous mangés lors du mouvement : postulerons-nous pour un réseau ou une école ? en fonction d’un projet de réseau ? pour une durée de un an ou de trois ans (temps du projet de réseau) ? Serons-nous toujours titulaires d’un poste ou susceptibles d’être déplacés suivant les besoins du réseau ou le bon vouloir du conseil d’EPCI ou/et de Caisse des écoles ? S’achemine-t-on vers des postes à profil et des entretiens d’embauche et des personnels qui doivent adhérer à un projet comme cela existe déjà dans certains pays ?

En même temps, tenir en laisse le personnel paraît indispensable : L’état a d’abord créé une multitude de statuts et de postes "à profil" (instituteur, prof des écoles, LVE..) pour casser le sentiment d’appartenance à une même profession qui caractérisait le corps enseignant, et ainsi diviser pour mieux régner.

Mais cela ne suffit pas, alors, il envisage de "parachuter" un coordonnateur de réseau. Avec ces dignes successeurs de feu les maîtres directeurs, on s’oriente, sans avoir l’air d’y toucher, vers un chef d’établissement comme dans le secondaire, aux ordres et responsable. Si celui-ci est dans un premier temps (pour ne pas nous affoler) nommé par l’IA (c’est un poste à profil) pour 3 ans non renouvelables, un précédent est créé. Il sera facile après de transformer ce coordonnateur en supérieur hiérarchique qui aura le pouvoir (grâce au personnel non enseignant) d’organiser un service minimum lors des grèves !

Les conseils D’EPCI ou/et des Caisses des écoles géreront la carte scolaire, la répartition des postes et des crédits municipaux et d’états, c’est la porte ouverte au clientélisme et à toutes les luttes d’influence entre les différentes écoles.

Enfin, le peu de pouvoir dont disposaient les enseignants dans les conseils des maîtres risque fort de disparaître au profit des conseils D’EPCI ou/et des Caisses des écoles où ils ne sont pas directement représentés (seul les directeurs y étant conviés).

Comme pour les autres réformes le gouvernement sait que la bataille se gagne en manipulant les opinions publiques ! Gageons que les conclusions du grand débat viendront conforter le projet sur les réseaux d’écoles, ainsi il se retranchera derrière cette parodie de démocratie pour imposer ses choix idéologiques avec l’aide des médias à sa botte.

La détérioration du service public sera alors en marche, les autorités locales pourront alors commander des audits pour constater celle-ci et justifier l’appel au secteur privé par souci d’économie, d’efficacité car enfin, ils sont responsables de l’argent des électeurs !

Comme nous le voyons, ce projet n’est que le début de la privatisation de l’éducation nationale et du premier degré en particulier. Oui ! nous faisons un procès d’intention à ce gouvernement car nous avons tous vu au printemps dernier ce dont il est capable et quelles sont ses intentions ! Il ne s’agit ni plus ni moins que de la casse du service public de l’éducation nationale.

Sud Education appelle tous les personnels non-syndiqués et syndiqués à se mobiliser pour imposer le retrait de ce projet scélérat.

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