Liberté pour David Venegas Reyes et tou-te-s les prisonnier-e-s politiques ! - Oaxaca, 24 avril 2007

Note d’information n° 19
vendredi 27 avril 2007

Et voilà : on ne peut pas prendre une semaine de vacances sans qu’Ulises Ruiz Ortiz, le satrape d’Oaxaca, en profite pour commettre de nouvelles turpitudes ! Le 13 avril dernier, à 13 heures 10 locales (21 h 10, heure française), des policiers en uniforme circulant dans une camionnette sans plaques d’immatriculation ont frappé et enlevé en pleine ville (Parc Juárez) David Venegas Reyes, 24 ans, étudiant, membre du Conseil de l’APPO comme délégué de la barricade de Brenamiel , et animateur du mouvement VOCAL (Voix oaxaquègnes construisant autonomie et liberté), qui fait partie de La otra campaña zapatiste.

Au moment de son enlèvement, le compañero David se rendait à une réunion du Conseil et conversait avec l’avocat Isaac Torres Carmona, l’un des responsables pour Oaxaca de la Ligue Mexicaine pour la Défense des Droits de l’Homme (LIMEDDH). Celui-ci a pu apporter un témoignage détaillé sur l’enlèvement, les violences infligées à David et les menaces qu’il a lui-même essuyées en tentant de s’interposer, ainsi que la raillerie finale d’un des policiers : « T’as qu’à relever le numéro de la plaque, connard ! ». La présence d’un témoin de poids a néanmoins obligé les autorités à donner assez vite des nouvelles de David. Après avoir été retenu et torturé l’après-midi et la nuit dans l’une des prisons clandestines d’Ulises Ruiz, il a été transféré le lendemain matin au Pénitencier Central d’Ixcotel, où l’attendait - enfin - un mandat d’arrêt.

Les policiers l’ont fait poser, tuméfié, devant la presse avec un numéro de La Barrikada (journal de VOCAL) et un sachet de poudre blanche. Comme il a refusé de les tenir, ces éléments de « preuve » semblaient flotter en l’air devant lui. David a aussi refusé, malgré les coups, de se reconnaître coupable. Et puis les analyses toxicologiques ont confirmé ce que tout le monde savait déjà : David n’est pas un toxicomane. Qu’à cela ne tienne : si la poudre blanche n’était pas destinée à sa propre consommation, c’est donc un revendeur, élémentaire, mon cher Ramírez Acuña1 ! Qu’importe si la ficelle est énorme, quand on n’a de comptes à rendre à personne. Mais pour plus de sûreté, et surtout pour éviter qu’il ne demande une libération sous caution, on charge la barque : David est aussi accusé de l’incendie du palais de justice lors de la manifestation du 25 novembre dernier. (On se souvient que, lors de cet incendie, sont malencontreusement partis en fumée les dossiers comptables qui devaient permettre l’audit financier de l’administration Ruiz Ortiz ; c’est vraiment pas de chance... Qui a dit « Reichstag » ?)

Il est clair que le tyranneau local, sachant qu’il peut compter sur le soutien inconditionnel du gouvernement fédéral, continue sa politique de vengeance, de répression et de criminalisation du mouvement populaire. Avec David Venegas, il ne se trompe pas de cible : il s’agit là de quelqu’un qui a toujours défendu l’indépendance de l’APPO par rapport aux partis politiques et à tout pouvoir constitué, de quelqu’un qu’on ne peut acheter ni avec de l’argent, ni avec des postes officiels.

Dès le lendemain, l’APPO organisait une manifestation pour exiger sa libération, ainsi que celle des 46 autres prisonnier-e-s politiques qui restent incarcérés suite au mouvement populaire. Depuis sa prison, David a pu faire parvenir une lettre émouvante, qui montre combien cette manifestation a compté pour qu’il garde le moral. Une nouvelle journée de mobilisation oaxaquègne, nationale et internationale est prévue pour le jeudi 27 avril prochain.

Retraites : grève le 2 mai... et plus si affinité

On se souvient (sinon, voir note d’info précédente) que le gouvernement mexicain a adopté une loi qui démantèle la sécurité sociale des fonctionnaires (ISSSTE) pour la livrer à des fonds de pension. La mobilisation massive des travailleurs de l’Etat le 27 mars dernier avait fixé le 2 mai comme jour de grève nationale, point de départ éventuel d’une grève illimitée si les intéressés en décidaient ainsi. En même temps a été lancée une bataille juridique : des centaines de milliers de fonctionnaires ont déjà déposé une demande d’amparo (habeas corpus) qui les mette à l’abri de la nouvelle loi au nom des garanties constitutionnelles, et ce mouvement continue. Pour le 2 mai, sur le plan national, on attend beaucoup de monde de toute la fonction publique, notamment de gros contingents hospitaliers et « un raz-de-marée enseignant ».

La 22ème section du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE) - celle de l’Etat d’Oaxaca - fait partie, rappelons-le, de la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE), qui regroupe l’opposition à la direction charra (vendue) du SNTE, notamment à sa tristement célèbre dirigeante Elba Ester Gordillo qui a amassé sur le dos des syndiqués une des plus grosses fortunes du Mexique. L’assemblée d’Etat de la 22ème section a décidé samedi dernier de se joindre au mouvement de grève du 2 mai, et de réaliser avec l’appui de l’APPO des manifestations, blocages de routes, occupation des bureaux de l’ISSSTE... L’assemblée n’a pas exclu la possibilité d’une grève illimitée à partir de la mi-mai si le gouvernement restait sourd à la mobilisation. D’autant que dans l’Etat, d’autres problèmes restent en suspens : celui de la « rezonification » (amélioration des salaires et des locaux), qui a été signée en octobre avec le gouvernement fédéral mais n’est toujours pas entrée en application ; celui également des écoles toujours indûment occupées par les priistes - la plupart du temps non qualifiés - de la soi-disant 59ème section du SNTE suscitée par Ulises Ruiz et la Gordillo...

Tribunal populaire : URO coupable de délits de lèse humanité

Dans le cadre du 3ème Forum National et International pour la Défense des Droits de l’Homme à Oaxaca, qui s’est clos le 21 avril, s’était formé un « tribunal populaire de morale publique » pour juger des actes d’Ulises Ruiz Ortiz, un peu à la façon du Tribunal Bertrand Russell, constitué pour juger les crimes de guerre étasuniens au Vietnam (pardon aux lecteurs les plus jeunes, on a les références de son temps...). Ce tribunal populaire se composait de juristes et d’intellectuels de renom. Il a rendu un verdict clair et définitif : Ulises Ruiz s’est rendu coupable de crimes de lèse humanité, aussi est-il déclaré personna non grata partout dans le monde, et le tribunal exige sa destitution immédiate du poste de gouverneur, de toute façon gagné par la fraude électorale, ainsi que son jugement pénal et l’interdiction à vie d’exercer toute fonction publique.

Parmi les graves délits qui lui sont reprochés, citons « l’exécution extra-judiciaire de personnes, la disparition, l’emprisonnement et la torture de dizaines d’innocents, la persécution et la menace de répression contre ceux qui s’opposent à ses actions illégales et anti-démocratiques, l’entretien d’un appareil de répression qui annule les libertés essentielles de la population ». Il y a encore « l’usage abusif et non nécessaire de la force, la torture systématique, l’acharnement contre les responsables des organisations sociales et indigènes, les traitements cruels, inhumains et dégradants, la violation systématique des garanties fondamentales », et le fait d’utiliser le pouvoir « pour son propre intérêt et celui d’un groupe économique et politique réduit ».

Dans sa déclaration finale, le tribunal populaire a précisé qu’il s’était institué faute d’un moyen légal efficace de mener URO devant la justice, et en vertu de l’article 39 de la constitution mexicaine, qui fait du peuple le dépositaire de la souveraineté.

12 octobre 2007 : rencontre continentale des peuples indigènes

La Sixième commission de l’EZLN, des représentants du Congrès National Indigène, ainsi que ceux de plusieurs nations indiennes du Mexique et des Etats Unis ont lancé dimanche 22 avril un appel à une rencontre continentale des peuples indigènes le 12 octobre prochain, dans l’Etat mexicain de Sonora, sur le territoire de la nation Yaqui.

L’appel a été lancé à l’issue d’une réunion tenue dans le Sonora, en territoire tohono o’odham, à laquelle assistaient, outre l’EZLN, la CNI et les hôtes de la rencontre, des représentants des nations Nahua, Purépecha, Yoreme, Cucapá, Apache, Diné/Navajo, et Yaqui. L’objectif de la rencontre d’octobre prochain est de commencer un travail commun d’information et de résistance au néolibéralisme, qui ces dernières années s’attaque avec une forte agressivité aux territoires indiens, pour peu qu’il s’y trouve quelque chose de monnayable ; or, avec le néolibéralisme, tout est monnayable, même le vent ! C’est la cruelle expérience que sont en train de faire des communautés du Chiapas, expulsées de fait de leurs terres par 2 compagnies espagnoles d’électricité (Gamesa Eólica et Iberdrola Energía) venues installer des éoliennes.

24 avril 2007.

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