La plate-forme de Grenade : Non à l’école néo-libérale

 juillet 1998
mis à jour samedi 20 janvier 2007

Plate-forme revendicative, proposée par les syndicats sous-signés réunis le 8 juillet 1998 à Grenade contre la précarisation de l’emploi, pour la défense de l’enseignement et pour une autre éducation publique.

L’offensive menée par l’Union Monétaire Européenne et l’imposition des critères de convergence inscrits dans les accords de Maastricht et d’Amsterdam entraînent un processus d’adaptation de nos systèmes éducatifs aux nouvelles exigences du marché. Tout cela favorise des intérêts qui ne coïncident pas avec ceux de la majorité de la population.

"L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique" (Une éducation européenne ; vers une société qui apprend. Un rapport de la Table Ronde des Industriels Européens, février 1995).

Par delà la diversité apparente des réformes et des projets, nous constatons une convergence : un système éducatif fait sur mesure pour les besoins à évolution rapide du capitalisme tend à se mettre en place.

Pour réagir, à court terme, tant sur les plans de la défense de la qualité de l’éducation que sur celui des conditions de travail des personnels ; pour défendre, à long terme, l’égalité des chances pour tous et une formation des individus qui les rendent capables de résister aux mirages de l’exploitation et de la manipulation sociale, nous présentons des revendications précises :
- Refus total du financement par des fonds publics de toute éducation privée .
- Défense (depuis l’école jusqu’à l’Université) de l’enseignement public laïc pour une société égalitaire, juste et solidaire ; mise en place d’une formation digne et efficace de tous les élèves. Utilisation d’une pédagogie de soutien dans tous les cas de difficultés, de marginalisation, d exclusion sociale et d’handicaps scolaires, pour instaurer une réelle démocratisation de l’enseignement.
- Formation universitaire unique et rémunérée de tous les enseignants. Création d’un corps unique d’ enseignants non universitaires sur la base du meilleur statut public de l’enseignement secondaire en Europe, avec le même salaire et le même horaire. Revalorisation de la fonction de l’enseignant, de la maternelle à l’université. Faciliter le passage des enseignants non universitaires à l’université et à la recherche.
- Revalorisation générale des salaires et des conditions de travail des personnels administratifs, ouvriers et techniques, etc.
- Pour la réduction du temps de travail, contre la flexibilité, l’annualisation et la mobilité imposée,
- Titularisation immédiate des personnels précaires travaillant dans les établissements scolaires et dans les centres dépendants de tout organisme public.
- Les contenus culturels et la pédagogie ont besoin, pour garantir leur qualité, de plus de moyens humains et matériels permettant la diminution du nombre d’élèves par classe et la mise en place de projet individuel de soutien systématique.
- Contre la privatisation et la sous-traitance, maintien et augmentation des services scolaires (cantine, transport scolaire, etc.) avec les personnels nécessaires.
- Adaptation aux nouveaux besoins pédagogiques et sociaux du temps scolaire, et des services scolaires avec le recrutement des personnels publics titulaires nécessaires et sans augmentation de leurs horaires.
- Opposition à la soumission de la formation, surtout professionnelle, à la politique de déstructuration du marché du travail selon la logique néo-libérale qui favorise la spéculation financière et les profits des entreprises en supprimant des emplois stables.
- Organisation égalitaire, anti-sexiste et démocratique de la gestion des établissements par la communauté scolaire : enseignants, parents, élèves, personnels, de façon paritaire, dans le respect des rôles de chacun. Cette organisation se fondera également sur une pédagogie anti-autoritaire et interculturelle.
- Pour la reconnaissance du droit d’organisation, de revendication, de négociation, de façon temporaire et/ou permanente, de réunion, d’assemblée, de grève, des élèves et des étudiants.
- Défense de l’universalité de l’enseignement quel que soit la situation administrative des élèves. Garantie du droit à l’éducation pour tous les immigrés avec ou sans papier. Pour l’intégration des minorités en respectant leur identité culturelle. Lutte contre le travail des mineurs.
- Opposition à la hiérarchie, à l’autoritarisme, et à toute forme de "management" y compris la notion de direction dans les établissements scolaires.
- Opposition à l’introduction de la police et de l’armée dans la vie scolaire.
- Refus du monopole de la représentativité syndicale dévolue par les Etats aux seuls syndicats institutionnels (loi "Lols" en Espagne, loi "Perben" en France, loi "Bassannini" en Italie ...), qui vise à interdire le développement d’un syndicalisme alternatif.

Nous prônons un Enseignement Public pour tous, à la disposition de tous et à tous les moments de la vie.
Le rôle de l’école ne peut se limiter à une certaine socialisation, à la transmission de minima culturels et au fétichisme de l’hyper-spécialisation professionnelle. Elle doit développer, sans faire de discrimination entre le savoir manuel et le savoir intellectuel, l’esprit critique permettant à tous d’appréhender les contradictions et de décrypter les messages d’une société de plus en plus complexe et inégalitaire. La culture ne peut être une simple marchandise au service de la sélection sociale et de l’idéologie libérale. Au contraire l’école doit offrir à tous et à toutes des contenus culturels bien supérieurs à un "savoir minimum" ("SMIC Culturel") et fragmentaire. La culture doit permettre une émancipation individuelle et collective.

Pour nous il s’agit de mettre réellement en pratique ces valeurs qui ont été dévoyées par nos différents Etats.

Nous luttons pour une autre école, une autre société, une autre Europe et un monde solidaire.

CGT Educacion (Espagne), CNT-AIT (France), SAC (Suède), STES (Espagne), SUD Education (France), UNICOBAS-Scuola (Italie)


Les délégations de ces organisations syndicales européennes de l’enseignement réunies à Grenade le 8 juillet 1998 invitent les autres syndicats européens à discuter de cette plate-forme et à les rejoindre pour développer ensemble une action commune sous forme de luttes coordonnées au niveau européen.

Annexe

"Le traité CEE, tel que modifié par le traité de Maastricht sur l’Union Européenne, prévoit toutefois aussi, à l’article 3 points 126, 127 et 128 une action de la Communauté dans le domaine de l’éducation et de la culture. Cette disposition limite donc les compétences nationales.(...) Si un marché ouvert de l’éducation représente un des maillons du marché intérieur, les mesures d’harmonisation des législations des Etats membres nécessaires à son établissement et à son fonctionnement entrent également dans le champ des compétences de la Communauté relatives au marché intérieur".

(L’enseignement à distance dans le droit économique et le droit de la consommation du marché intérieur. Office des Publications Officielles des Communautés Européennes. 1996)

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