L’APPO ne participera pas aux élections - Oaxaca, 17-02-07

Note d’information n°16
vendredi 23 février 2007
mis à jour vendredi 27 avril 2007

Dans la note d’info précédente, on faisait état de rumeurs persistantes selon lesquelles l’APPO aurait décidé de participer aux prochaines élections locales : celles du parlement de l’Etat d’Oaxaca, en août 2007, et les municipales, au mois d’octobre suivant.Certaines versions des mêmes rumeurs affirmaient même que l’APPO avait envoyé une liste de candidats au FAP (Front Large Progressiste) qui regroupe le Parti de la Révolution Démocratique (PRD), principal parti d’opposition, plus Convergencia et le Parti du Travail (PT).

Eh bien non, la dernière Assemblée d’Etat de l’APPO des 10 et 11 février 2007 en a décidé autrement. Elle s’est prononcée pour un « vote sanction » (voto de castigo) à l’égard du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) d’Ulises Ruiz, le satrape d’Oaxaca, et du Parti d’Action Nationale (PAN) de Felipe Calderón dit FeCal, président mal élu du Mexique, tous deux responsables de la sauvagerie qui s’est déchaînée sur le mouvement populaire. Mais elle a aussi décidé de rester fidèle aux décisions du Congrès constitutif, qui affirmait l’indépendance totale de l’APPO vis-à-vis des partis politiques. Donc, elle ne participera pas aux élections, ne présentera pas de candidats ; tout membre de l’APPO qui voudrait se présenter le ferait à titre strictement personnel, et devrait démissionner le cas échéant de ses responsabilités dans l’APPO (membre du Conseil, par exemple).

Il semble bien que ce soit là une victoire de la campagne sur la ville, ou, ce qui revient au même, de la sensibilité indienne sur les vieux réflexes politicards traditionnels qui, à des degrés divers, affectent les différents groupes de gauche et d’extrême gauche.

Il y a tout lieu de s’en féliciter. Car le FAP, dont on parlait plus haut, atteint des sommets dans l’opportunisme, le cynisme, le crétinisme et bien d’autres « nismes » tous moins flatteurs les uns que les autres, comme on le verra ci-après.

Le scandale Rosa Payán

Rosa Payán Cervera est maire de Mérida, dans le Yucatán. Elle était aussi, jusqu’à une date récente, une des principales figures du PAN dans cet Etat. Elle fait même partie du saint des saints : elle appartient à El Yunque, organisation semi secrète qui prétend jouer au Mexique le même rôle que l’Opus Dei dans l’Espagne franquiste. Cette organisation regroupe des industriels, des grands propriétaires terriens, des financiers, des dignitaires de l’Eglise, de l’armée et des politiciens, à peu près tous du PAN. El Yunque partage avec l’Opus l’intégrisme catholique et le désir d’un Etat fort au service de « l’élite », comme ils disent. D’ailleurs, leur nom l’indique bien : eux sont « l’enclume » (yunque) et l’Etat est « le marteau ». Entre les deux, le(s) peuple(s) mexicain(s) ; sympathique, non ?

Sous le sexennat précédent, Rosa Payán a été secrétaire d’Etat au Développement Intégral de la Famille (ça ne s’invente pas !). Elle s’y est distinguée par son opposition farouche à la contraception, y compris à l’usage du préservatif pour éviter la propagation du SIDA. Bref, aucun doute sur ses fermes convictions d’extrême droite calotine.

Et puis voilà qu’un jour se profile l’élection au poste de gouverneur de l’Etat du Yucatán. Rosa Payán s’y voit déjà, mais dans son parti elle n’est pas la seule : ces gens-là ont les dents longues, et la perspective du pouvoir les affriole toujours. Elle perd la guerre des chefs, le PAN présentera un autre candidat. C’est insupportable pour la dame, qui quitte le PAN et décide de se présenter pour son propre compte. Jusqu’ici, rien qui nous concerne, direz-vous avec raison.

Certes, mais... Ne voilà-t-il pas que la gauche institutionnelle, c’est-à-dire le FAP, voit là une occasion de faire des voix dans un Etat où elle est traditionnellement minoritaire... en présentant Rosa Payán sous son label !!! Mâme Rosa n’y voit que des avantages, et déclare presque ouvertement que de toute façon, une fois élue, elle fera ce qu’elle voudra.

Bien entendu, cela révulse un grand nombre de Mexicains électeurs de gauche. Pendant plusieurs jours, le courrier des lecteurs de La Jornada déborde de lettres de protestation à ce sujet. Les dessinateurs humoristiques du journal enfoncent le clou, souvent avec férocité (méritée). Bref, le scandale est tel que le 10 février, le président du PRD, Leonel Cota, décide que son parti ne donnera pas l’investiture à Rosa Payán. Il tranche d’ailleurs contre l’avis d’une partie de la direction. Mais ne rangez pas encore vos mouchoirs : le 13, Convergencia, seconde composante du FAP, investit officiellement la yunquista, suivie le 14 par le PT !

Pour information, Gabino Cué, qui aurait dû devenir gouverneur d’Oaxaca sans la fraude d’Ulises Ruiz, est justement un distingué sénateur de Convergencia...

L’assemblée de l’APPO

Outre la question des élections, cette assemblée a été l’occasion de remettre certaines choses au point, tant sur les perspectives générales que sur le mode de fonctionnement quotidien. Le principe de l’indépendance de l’APPO à l’égard de tous les pouvoirs constitués, partis politiques compris, a été fortement réaffirmée. De même l’idée que la transformation profonde de l’Etat ne passe ni par les élections, ni par la poudre aux yeux officielle (des gouvernements fédéral et local) sur la « réforme de l’Etat ». L’un des points d’accord dit textuellement : « Nous devons rompre avec le pouvoir actuel et construire le pouvoir du peuple ou pouvoir populaire, détruire les institutions du capitalisme. Les partis politiques [sous-entendu : les partis de gouvernement] ne sont pas la voie pour changer le pays ». L’assemblée a insisté au contraire sur le fait que le pouvoir populaire se construit d’en bas, et appelé à reprendre les municipalités autonomes évacuées par la répression, et à en créer de nouvelles du type de celle de San Juan Copala (voir notes précédentes) partout où c’est possible.

Sur le fonctionnement, on perçoit quelques cas où certains se font remonter les bretelles pour être passés par-dessus la démocratie à la base : « Aucune organisation ne peut se proclamer dirigeante de l’APPO, étant donné que l’APPO a ses organes et instances pour la prise de décisions et pour établir sa ligne ». Et plus loin : « Aucune organisation ne peut, de manière individuelle, entamer une négociation avec le FAP au nom de l’APPO ».

Reprise de l’offensive

On sent que le succès la megamarcha (méga-manif) du 3 février a marqué un tournant, et que la population a surmonté le KO technique qui avait suivi la répression du 25 novembre. Pour la première fois depuis la supposée « reprise en mains », l’assassin Ulises Ruiz Ortiz a dû renoncer à parader en public le 14 février dernier. Alors qu’il était censé présider une cérémonie officielle pour le 176ème anniversaire de la mort du général insurgé Vicente Guerrero à une dizaine de kilomètres de la capitale de l’Etat, il est tombé sur... une barricade de pierres, montée par des profs de la 22ème section du SNTE et d’autres militants de l’APPO, qui l’a empêché de passer. Brave, mais pas téméraire, le satrape a préféré rebrousser chemin.

Voici quelques-uns des prochains rendez-vous de l’APPO :
- 3 au 8 mars : mobilisation pour les droits des femmes ; l’APPO appelle TOUS ses membres à y participer.
- 7 et 8 mars : 3ème Forum International sur les Droits de l’Homme qui se tiendra à Oaxaca ; beau pied de nez à URO !
- 21 mars : méga-manif.
- 24 et 25 mars : réunion de l’Assemblée Populaire des Peuples du Mexique (APPM)
- 10 avril : rencontre indigène sur le maïs, et pour la défense de la terre et des ressources naturelles.

Comme on le voit, il y a ...de la tortilla sur la planche !

17 février 2007.

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