Fermeture de la cuisine centrale de Cergy-Pontoise

Un exemple concret des conséquences de la décentralisation - Sud Education 95
mercredi 29 juin 2005
mis à jour dimanche 3 juillet 2005

La Communauté d’Agglomération ou la « démocratie locale » à la sauce capitaliste

La Communauté d’Agglomération est la structure administrative de base préconisée en chœur par le gouvernement, l’OCDE et la Commission Européenne pour permettre à la décentralisation de « moderniser » la démocratie locale. Le Syndicat d’Agglomération Nouvelle (SAN) de Cergy Pontoise a donc été transformé par les élus des 11 communes concernées en Communauté d’Agglomération. Ce changement de statut juridique est une opportunité pour ces élus et le patronat local de s’attaquer aux services publics.

Des élus qui privatisent un service public

Le premier service touché est la Cuisine Centrale de Cergy Pontoise, qui fournissait ( jusqu’au 1er janvier 2004) 9500 repas quotidiens aux collectivités de l’agglomération. Ce travail est fait par une quarantaine de salariés.

Les élus ont cyniquement justifié ce choix par le trop grand coût de cet équipement, alors que certaines communes, dont les habitants contribuent au financement de la Cuisine Centrale (par les impôts), ont fait le choix d’utiliser des prestataires privés pour ces services. Cela explique évidemment l’ « inadaptation » de cette Cuisine Centrale prévue pour fournir des repas sur 11 communes alors que seules 8 y achètent leurs repas de collectivités...

Mais il est bien plus facile de licencier une quarantaine de personnes que de demander à une minorité de municipalités (3 sur 11) d’utiliser un service public pour leur procurer ces repas.

A partir du 1er janvier 2004, chaque commune va faire appel à un prestataire privé. Il y a fort à parier que les appels d’offre désigneront partout ou presque la même entreprise, qui pourra opportunément reprendre l’activité de la Cuisine Centrale, ainsi que ses équipements, gracieusement offerts (aux frais des contribuables qui les ont financés) par la Communauté d’Agglomération. [Note a posteriori : mauvais pronostic pour l’instant ! A ce jour les locaux sont toujours à l’abandon et les communes ont passé des marchés avec des prestataires différents]

Précarisation des personnels

Bizarrement les salariés de la Cuisine Centrale ne se voient pas proposer d’emplois équivalents dans le « plan social » qui accompagne cette fermeture. Cela obligerait naturellement un prestataire privé à embaucher des salariés expérimentés qui auraient leur mot à dire sur ce qui se fait, et auraient un salaire trop élevé ! Cela aurait également rendu nécessaire de les engager avec des contrats dignes de ce nom...

En effet le « cabinet de recrutement » payé par la Communauté d’Agglomération (et les élus osent parler d’économies à propos de cette affaire !) pour « reclasser » les salariés ne leur a proposé que des contrats pour la Communauté d’Agglomération ou pour les communes (qui auraient peut-être à ce compte-là trouvé ces places sans l’aide d’un « cabinet de recrutement »...), et des contrats dans le secteur privé pour ceux qui l’ont demandé.

A un mois de la fermeture, rien de clair n’est encore décidé ! [Note a posteriori : la majorité ont été « reclassés » dans les services municipaux des communes, le plus souvent pour assurer la réception des plats en liaison chaude ou froide, une minorité a choisi de travailler pour des prestataires privés directement ]

Chantage au réemploi

Les 31 titulaires ne se voient pas tous proposer des Contrats à Durée Indéterminée, la manœuvre consiste donc bien en un plan de licenciements. Confrontés à autant de cynisme, les salariés avaient décidé de ne plus servir, début octobre, de repas pour le SAN et les élus.

C’est alors qu’on leur a fait comprendre que seuls ceux qui ne feraient pas de vagues se verraient proposer un emploi en 2004... Ce chantage au « reclassement » a porté ses fruits ; les salariés restent dans l’expectative et aucune action ne semble prévue d’ici janvier...

Les victimes : les habitants et les salariés

La Cuisine Centrale n’est qu’une étape dans la destruction des services publics sur l’Agglomération de Cergy Pontoise : le ramassage des ordures, la gestion des piscines vont également connaître des modifications, en attendant la suite... [Note a posteriori : c’est fait ! Sous-traitance auprès d’Onyx pour le ramassage des ordures dans plusieurs communes de l’agglo, je ne sais pas si c’est le cas pour toutes, il y a eu des modifications dans le fonctionnement des piscines (9 piscines sur l’agglo, certaines dépendant de la communauté d’agglo, d’autres des municipalités), mais je ne sais pas en quoi elles consistent]

Comme toujours, celle-ci a les mêmes conséquences, c’est à dire d’une part la précarisation des salariés ; on a vu que les employés de la CC étaient concernés, mais ils vont être remplacés par des salariés de groupes privés qui pressurent les salaires et les employés pour augmenter leurs bénéfices. D’autre part, les habitants des communes sont victimes du détournement d’investissements publics vers des groupes privés, et à terme situation de monopole privé qui fixe ses règles ( et ses tarifs...) en dehors du contrôle démocratique que le service public est censé garantir.

La Communauté d’Agglomération : des collectivités territoriales adaptées aux exigences du patronat.

L’exemple de Cergy Pontoise est très instructif, il a l’ « avantage » de présenter une structure intercommunale préexistante à la décentralisation, contrairement à la majorité des communautés d’agglomération ou de communes qui vont se mettre en place partout dans le pays, quand ce n’est pas déjà fait... La dégradation sociale est donc manifeste dans ce cas.

La Communauté d’Agglomération apparaît dès lors comme le « fief » du patronat local, regroupé dans les Chambres de Commerce et d’Industrie. Ce découpage administratif recoupe presque exactement celui des bassins d’emplois. Tous les services seront donc répartis à terme entre des entreprises basées sur cette Communauté d’Agglomération.

Comment se défendre ?

Il faut tirer des enseignements de cette situation si nous voulons éviter que le service public soit démantelé à l’échelle locale, et que l’emploi précaire ne devienne la règle pour tous, y compris pour les actuels fonctionnaires d’Etat ! Les salariés de la CC se sont sentis isolés dans la lutte, ce qui les a jusqu’à présent poussé à accepter le chantage du SAN. C’est malheureusement ce qui attend tous les salariés, et qui en touche de nombreux à l’heure actuelle. Le démantèlement des services publics et la généralisation de la sous-traitance sont en marche, et leur cadre juridique est la Communauté d’Agglomération, décalque du cadre économique du bassin d’emploi.

Un bassin d’emploi / une Bourse du Travail !

Le seul moyen de contrer cette offensive du patronat est de doter les travailleur-se-s d’un outil de lutte et d’organisation à cette échelle. Les salariés syndiqués de la CC peuvent en témoigner : la menace d’une mobilisation à l’échelle de la Communauté d’Agglomération effraie les responsables du SAN . La preuve ? Lorsqu’un tract CGT des salariés de la CC a commencé à circuler dans les écoles de Saint Ouen l’Aumône, le DRH de la mairie est venu les arracher en personne !

Quelle peut être la nature de cet outil qui permettrait d’organiser et de mobiliser les salariés de tous les secteurs dans un bassin d’emploi ?

Il peut s’agir d’Unions Locales de syndicats combattives, ce qui est malheureusement rarement le cas... Il apparaît donc indispensable d’organiser des Bourses du Travail où collaboreraient des sections combattives de toute confédération syndicale ou des salariés non-syndiqués pour faire pression sur les élus de la Communauté d’Agglomération et le patronat du bassin d’emploi. Cela permettrait également de briser le huis clos élus-patronat pour les prises de décisions autrement que par le biais timoré de Commissions Paritaires qui ne sont généralement que « Techniques », comme on a pu le voir dans le cas présent...

Texte publié dans le bulletin départemental de SUD Education 95 en janvier 2004.

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